Parentalité : non à une intervention accrue de l’État

- 22:00 jusqu'à 22:00

Le Grand Conseil a rejeté un postulat visant à renforcer l’accompagnement de futurs parents. Pour Claudine Geiser, la liberté des familles et la responsabilité individuelle doivent primer.

Le postulat discuté invitait le Conseil d’État à réviser l’offre ac­tuelle des cours de préparation à la naissance. L’objectif affiché est d’y intégrer une approche globale centrée sur la parentalité pour sensibiliser les futurs parents aux enjeux de l’égalité au sein du couple et à la prévention des violences, tout en incluant active­ment les pères dans le suivi péri­natal pour un dépistage précoce de la dépression post-partum.

Le débat suscité par cette de­mande soulève des questions fon­damentales sur la place de l’État dans l’intimité des foyers. Si l’in­tention de soutenir les familles face aux défis de la santé mentale et de l’équité est en soi louable, le projet comporte deux problé­matiques majeures pour notre groupe : le recul de la responsabi­lité individuelle et une stigmatisa­tion ciblée de la figure paternelle.

L’argument premier contre ce pos­tulat réside dans la défense de la sphère privée et du libre arbitre. La parentalité doit demeurer le domaine de la responsabilité in­dividuelle. Vouloir systématiser un cadre d’égalité « standardisé » par l’État engendre un risque de culpabilisation des parents qui souhaitent vivre cette transition selon leurs propres valeurs cultu­relles ou personnelles. Le passage à la parentalité n’a pas à s’inscrire dans un moule uniforme. De plus, le réseau neuchâtelois actuel (pé­diatres, sage-femmes, maisons de naissance, associations) est déjà dense, compétent et assure une veille psychosociale pragma­tique et de terrain. Rajouter une couche bureaucratique d’évalua­tion ne ferait que pathologiser des étapes de transition pourtant normales, privant les parents de la confiance en leurs propres res­sources et de leur résilience na­turelle. Enfin, modifier le contenu des cours actuels pour y intégrer des volets de politique d’égalité fait courir le risque d’une exclu­sion des remboursements de la LAMal.

Le second angle de critique ré­side dans la formulation même du postulat, qui fait un usage ré­pété du terme « père », mention­né à six reprises. Cette focalisa­tion exclusive et insistante sur la figure paternelle tend à pointer du doigt les hommes de manière unilatérale, confinant à une forme de suspicion ou de stigmatisation déplacée.

À une époque où les modèles familiaux évoluent, et dans un contexte de renforcement légitime de la lutte contre les violences do­mestiques, cette vision réduction­niste apparaît en contradiction avec les réalités sociologiques actuelles. Pourquoi cibler spécifi­quement le père au lieu d’intégrer une approche moderne, neutre et inclusive ? Pour corriger ce biais stigmatisant, notre groupe a dé­posé un amendement qui propose l’utilisation du terme « second parent », bien plus adap­té à la diversité des structures fa­miliales actuelles.

En conclusion, la parentalité mo­derne est certes complexe et exi­geante, mais elle n’a besoin ni d’une intrusion étatique accrue, ni de jugements de valeur ciblés. C’est en préservant la liberté de choix et en refusant les doctrines morales que l’on soutiendra véri­tablement les familles neuchâte­loises.

Résultat des votes : amendement accepté : 58 oui, 21 non, 19 abstentions. Postulat amendé refusé : 44 oui, 48 non, 6 abstentions.