Haute Ecole de musique (HEM): le peuple privé de la possibilité de s'exprimer

Nous rêvons d’un canton qui n’a pas de soucis budgétaires, nous rêvons d’un canton qui peut conduire ses projets sans se soucier du financement, nous rêvons d’un canton qui peut multiplier ses centres de formation !

Malheureusement, Monsieur le président, Mesdames, Messieurs nous ne sommes pas dans l’espace rêve et nous trouvons aujourd’hui dans un espace qui nous demande de faire des choix.

Le groupe libéral-radical a pris connaissance du contre-projet à l’initiative populaire souhaitant le maintien d’une Haute Ecole de musique dans notre canton. Disons-le d’emblée, fermer une école ne nous réjouit pas c’est une partie de la mosaïque de formation d’une région qui disparaît. Apparemment, ce souci est partagé par le Conseil d'Etat qui nous propose un contre-projet qui, à nos yeux, renforce singulièrement le développement de la musique dans notre canton. Bien sûr le volet professionnel disparaît mais soyons réalistes, il ne concernait que peu de neuchâtelois.

Dans ce sens le groupe libéral-radical partage dans sa très large majorité la plupart des réflexions du rapport 19.007 et le soutiendra. Par contre il ne peut pas se rallier aux considérations et conclusions du rapport de la commission temporaire. Voyons cela dans le détail.

S'agissant de l’unité de la matière, notre groupe partage les deux avis de droit établis, celui des services juridiques de l’État et celui du professeur Grisel. Nous avons pris note avec une certaine satisfaction de la concordance de ces deux avis. Nous parlons de musique, de son enseignement et de son développement dans le canton donc à nos yeux il y a unité de la matière. Petite remarque personnelle dans le prolongement de ce sujet, l’unité de la matière est de plus en plus utilisée de manière stratégique pour se débarrasser d’un rapport et c’est dommage pour le débat d’idée, la recherche de consensus et la démocratie !

Depuis plusieurs années, le canton est contraint de faire des économies. Le DEF n’a pas été épargné. Plusieurs secteurs ont du faire des efforts, l’université, la HEP, l’école obligatoire et j’en passe. Aujourd’hui nous ne pouvons plus demander des économies à ces institutions sans mettre leur fonctionnement en péril. Nous ne pouvons pas nous permettre de fragiliser la formation de base utile à tous les jeunes neuchâtelois pour entrer dans la vie professionnelle ou estudiantine. D’ailleurs, nous posons la question au Conseil d'Etat si l’initiative devait être acceptée chercherait-il des économies dans le secteur de l’éducation et si oui, ou ?

Nous sommes contraints de faire des choix. La HEM Neuchâtel est une antenne de la HEM Genève.

Cette école n’a jamais représenté un attrait extraordinaire pour les musiciens neuchâtelois qui pour la plupart d’entre eux et pour diverses raisons ont poursuivi leurs études dans d’autres écoles. Corollaire de cette situation la HEM est fréquentée par des étudiants hors canton ou étrangers. Cette situation ne nous dérange pas bien au contraire puisque cela favorise les échanges. Mais pour qu’il y ait échange il faut aussi des étudiants du cru et ceux-ci font défaut puisque selon les statistiques nous en avons dénombré 13 sur une période de 9 ans. Environ 2 étudiants par volée c’est vraiment peu ! Bien sûr on nous rétorquera que l’offre sur le site de Neuchâtel n’est pas complète mais ce n’est pas un argument convainquant, le nombre de filières étant supérieur au nombre d’étudiants neuchâtelois. Pouvons-nous encore aujourd’hui nous payer le luxe de maintenir et financer une école dans ces conditions. Nous en doutons sérieusement.

Nous avons lu dans le rapport que plus de la moitié des étudiants, 52 %, vient de France voisine. Ce qu’il faut aussi relever c’est que pour la plupart d’entre eux Neuchâtel n’est pas leur 1er choix.

S’agissant du rayonnement de la HEM dans notre canton, bien évidement fermer une école ne nous réjouit pas et cela représente un appauvrissement pour la région. Mais force est d’admettre que ce rayonnement est relativement confidentiel et que la plupart de nos concitoyens ont découvert qu’il y avait une HEM dans le canton lorsque le CE a annoncé qu’il souhaitait résilier le contrat avec la HEM Genève. Certains confondant même HEM et Conservatoire.

A nos yeux, si nous voulons faire rayonner le canton au travers de ses filières de formation, il serait plus stratégique et bénéfique de mettre en valeur les domaines dans lesquels nous sommes bons, tels que l’ingénierie, la micro technique, pour en citer quelques uns.

S’agissant d’économies, nous n’allons pas nous engager dans une bataille de chiffres. Une petite majorité de la commission conteste les chiffres du CE. Pour notre part nous ne serons pas aussi catégoriques. Peut-être que ces chiffres devront être revus à la baisse mais ils représenteront tout de même une économie pour le canton. Bien sûr, dans un premier temps il y aura des effets collatéraux qui engendreront des dépenses, nous pensons à l’indemnité de sortie de la caisse de pension et les indemnités de suppression de poste. Il faut l’accepter, chaque fois qu’il y a réorganisation, des coûts en découlent. Ce n’est pas un argument pour ne pas se remettre en cause et ne pas réorganiser une situation qui le nécessite. Dans les conclusions du rapport de la commission nous avons lu qu’avec la fermeture de la HEM le canton se priverait  d’une manne fédérale et intercantonale importante, ainsi que de recettes fiscales et d’investissements privés non négligeables, c’est évident pas de prestations pas de subventions mais si nous restons strictement sur l’aspect financier nous ne sortons pas gagnant du jeu si tu dépenses 5 millions je t’en donne 2 et demi (chiffres 2018 arrondis).

L’acceptation du projet de décret du Conseil d'Etat ne signifie pas le fin de la pratique et de l’enseignement de la musique dans notre canton bien au contraire. Il lui donne une orientation différente. Certes il n’y aura plus la possibilité de faire des études professionnelles de musique dans le canton par contre tout le volet pré professionnel sera renforcé par les deux mesures suivantes :

  • une diminution de moitié du coût de la formation pré-professionnelle pour les représentantes légales et représentants légaux.
  •  augmentation du nombre de places disponibles dans ce cursus

A nos yeux l’enseignement de la musique dans notre canton doit rester une préoccupation et le conservatoire doit disposer des moyens nécessaires pour assumer sa mission. C’est pour cette raison que notre groupe rejoint la position de la commission qui refuse l’amendement qui demandait que les écoles communales soient subventionnées. Subventionner un cursus pré professionnel ailleurs qu’au CMNE disperserait les élèves sur plusieurs institutions et mettrait en péril l’atteinte de la masse critique, soit le critère quantitatif pour l’attribution du label « Pre-College ».

La fermeture d’une école est un sujet sensible, un choix de société. Le sujet qui nous occupe dans ce débat a déjà fait couler beaucoup d’encre. Une initiative législative populaire a été déposée. Nous connaissons la différence entre une initiative législative et une initiative constitutionnelle. L’initiative législative pouvant être accepté par notre parlement sans passer par le peuple. Le comité d’initiative connait probablement aussi cette différence. Cela ne l’a pas empêché de déclarer lors du dépôt des signatures qu’il souhaitait  que le peuple s’exprime. Nous ne l’avons pas entendu mais lu dans les journaux. Sur ce point le groupe PLR rejoint ce comité. Que voulons-nous pour notre canton en matière de formation ? Cette réponse au yeux du PLR n’appartient pas qu’au cercle restreint du GC mais à la population.

Pour toutes ces raisons, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, notre groupe acceptera dans sa très large majorité le contre-projet à l’initiative HEM et le décret qui l’accompagne et refusera le rapport 19’007 de la commission. S’agissant de l’amendement initialement déposé par J-J. Aubert et  accepté par la commission nous le refuserons.

Refuser cet amendement ne signifie pas renoncer à la HEM mais simplement renoncer à prendre l’avis du souverain. Nous l’avons affirmé lors du débat d’entrée en matière et nous avons compris qu’il s’agit d’une initiative populaire législative et que notre parlement peut se prononcer sur celle-ci. Pour un sujet aussi important, un choix de société, oui la fermeture d’une école est un choix important, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une petite majorité de notre parlement ! Dès lors pourquoi priver le peuple de se prononcer ? En avons-nous peur ? Faisons-lui confiance !

Nous faisons appel à votre sagesse pour que le souverain puisse donner son avis sur l’initiative déposée. Vous l’aurez compris notre groupe refusera cet amendement et vous demande d’en faire de même.