Session janvier 2019

Postulat: Neuchâtel, bientôt un canton sans pesticides de synthèse

"Il ne suffit pas simplement de poser des contraintes et des interdictions aux travailleurs de la terre", en novembre 2018, le groupe PLR a déposée une résolution transversale adressée aux autorités fédérales afin de demander davantage de mesures incitatives visant la diminution de l'emploi de pesticides de synthèse, dans le cadre de la prochaine politique agricole, mais pas seulement. Car il est faux et inacceptable de cibler uniquement l'agriculture et la viticulture comme certains le font. La problématique des produits phytosanitaires est plus large et inclus notamment les rejets domestiques de médicaments, d'hormones, de produits de nettoyages et de jardinages etc., elle doit être vue comme un tout. Par conséquent, le groupe PLR a refusé dans sa majorité le postulat émanant des Verts.

Rapport détaillé du groupe PLR sur le postulat 18.187: Neuchâtel, un canton bientôt sans pesticides de synthèse

Voilà quelques semaines, je me tenais à cette tribune pour présenter un projet de résolution, porté par le PLR, qui avait pour mission de demander aux autorités fédérales des mesures davantage incitatives dans la réduction des produits phytosanitaires dans notre pays. Il avait été souligné l’importance de cette thématique et la récurrence du sujet dans les médias et les parlements. Preuve en est en constatant les différents objets déposés par les députés neuchâtelois.

Pour notre groupe, le postulat proposé par le groupe PopVertSol est trop strict et propose des mesures qui ne correspondent pas au pragmatisme dont nous devons faire preuve ici. En outre, nous pensons qu’il s’agit davantage d’une compétence fédérale que cantonale.

Soyons réaliste ! Créer une interdiction pure et simple ne résoudra aucun problème. Il faut comprendre, il faut accompagner, il faut inciter pour atteindre cet ambitieux objectif de réduction des pesticides de synthèse dans notre environnement et dans les produits issus de la terre. Le PLR est bien conscient que des progrès devront être faits dans les prochaines années. Les agriculteurs et les viticulteurs le sont également et d’énormes efforts sont déjà faits aujourd’hui. Un changement de paradigme apportera un meilleur traitement de nos sols. Des investissements dans la technologie apportera, aussi, une avancée considérable dans la précision et la performance des machines.

Comme dit, l’objectif est louable mais n’est pas raisonnable en vue de sa rigidité et de ses contraintes. Le sujet est posé comme un problème imputé uniquement aux agriculteurs et viticulteurs travaillant les terres neuchâteloises. N’oublions pas que ces professionnels, connaisseurs de leurs produits et respectueux de leur environnement, utilisent les produits que nous souhaitons interdire ici, avec toute la lourde législation qui s’impose. Il serait adéquat d’évoquer également le citoyen-jardinier, traquant la moindre limace, la moindre mauvaise herbe à coup de litre de pesticide dans son carrée de terre privée, se ventant de déguster des tomates bio de sa propre production.

D’un angle de vue différent maintenant, nous pensons que ce postulat ne pourra pas atteindre l’objectif visé. Outre la question centrale de la qualité de nos terres, le débat porte aussi sur la sécurité sanitaire de nos habitants. En d’autres termes, la quantité ingurgitée par un citoyen doit aussi faire l’objet d’une réflexion. Une étude de la chambre d’agriculture du Canton de Vaud a démontré que les produits importés comportent davantage, et avec des chiffres époustouflants, de résidus de pesticides que les produits Suisse, qui eux, n’en comportent aucun, pour la plupart. Cela tombe sous le sens lorsque l’on observe les techniques de traitement des récoltes à l’étranger. L’utilisation du glyphosate sur le grain juste avant la moisson est un exemple parlant, pratique interdite en Suisse. Ces éléments ne sont pas pris en compte par les importateurs de denrées alimentaires et chacune des décisions qui peut d’une quelconque manière augmenter la consommation de produits étrangers, favorise la consommation accrue de résidus de pesticides. L’augmentation des prix notamment tant clamée dans le domaine du bio en est un exemple saillant. Plus de pesticides dans nos aliments, plus de pesticides dans nos corps, la liste est longue, je m’arrête là…. Grâce à cette mesure nous pourrons, en effet, nous targuer de bénéficier d’un environnement nourricier plus naturel et de terres, certes, peut-être plus saines, quoique, mais du point de vue de la sécurité sanitaire, le résultat en est tout autre.

Nous l’avons déjà souligné ; le sujet doit être débattu et représentera un véritable défi dans les prochaines années. Nous ne restons pas indifférents face à cette problématique et nous sommes conscients qu’il est désormais nécessaire de renforcer les mesures incitatives et les différentes stratégies de la confédération. Ne prenons pas les professionnels des domaines agricoles et viticoles pour cible, une réflexion globale et cohérente est nécessaire pour offrir au génération futures les terres qu’ils méritent. A ce niveau, nous regrettons la campagne de la peur menée par les défenseurs de ce postulat dans les médias : en insinuant que l’agriculture ne prend pas en compte la défense de la biodiversité et la santé des consommateurs, c’est une attaque frontale simpliste et réductrice que nous ne pouvons accepter.

En conclusion ; inciter, conseiller, soutenir, former, innover ; nous disons ; Oui. Interdire, obliger, contraindre ; nous répondons ; Non.

En ce sens, l’amendement du Conseil d’Etat qui assouplit les termes des postulants, en les rendant plus proches de la réalité et de nos possibilités, peut nous convenir dans la mesure ou aucune interdiction généralisée n’est mise en application. Une partie du groupe acceptera donc le postulat amendé.

Je vous remercie pour votre attention.

Quentin Di Meo, député