L'éditorial du journal LN

Journal du parti libéral-radical neuchâtelois

numéro 20 -  2 juillet 2021

 

Au diable les choses complexes!

Il y a deux façons de surmonter les difficultés. Travailler un peu plus, se donner de la peine, chercher l’excellence ou supprimer l’écueil. En ce qui concerne la langue française, quelques pseudos linguistes et pédagogistes (on évitera pour ces gens le vocable noble de pédagogues) en mal de tranquillité ont décidé de supprimer l’écueil.

L’usage de l’accent circonflexe est-il compliqué ? Le nénuphar pimente-t-il les dictées ? Les oignons font-ils pleurer les enfants scolarisés ? Les nénuphars fleurissent-ils dans le biotope du jardin ? Qu’à cela ne tienne ! On écrira désormais hotel plutôt (pardon plutot) qu’hôtel, on y parlera d’ognon et on y rêvera de nénufars.

Parmi les thuriféraires de ce français défiguré, Marinette Matthey, sociolinguiste neuchâteloise et désormais députée socialiste au Grand Conseil, s’exprimait sur les ondes de la radio : d’abord, selon l’experte, « l’orthographe permet trop facilement d’exercer un pouvoir, de discriminer des gens. » En clair, écrire juste après avoir appris à le faire, c’est exprimer une supériorité présumée sur celles et ceux qui ne le font pas. On notera avec profit qu’a contrario décider unilatéralement dans un obscur collège d’experts sans légitimité démocratique que Jérôme et Benoît perdront leur accent circonflexe, ça ne pose aucun problème. Par exemple, ça ne permet pas d’exercer un pouvoir discrétionnaire sur les gens.

La même s’exprime ensuite sur le finnois qui s’apprend en trois ans quand il en faut tellement plus pour apprendre le français. On notera, là encore avec profit, qu’il n’est pas – au moins à nos yeux – indigne d’apprendre. Surtout quand il s’agit de lire ensuite Montaigne, Camus ou Victor Hugo.

Parce que le français – qu’on le veuille ou non, qu’on en aime l’augure ou non – déploie une portée et une ambition universaliste essentielle, peut-être même existentielle. La Révolution française ne s’est pas faite en finnois et la déclaration universelle des droits de l’homme n’a pas été initialement rédigée par des philosophes et écrivains moldo-valaques.

Nous voilà au cœur du propos : par définition, la langue est faite pour exprimer la pensée. Parfois triviale – on parle de manger quand on a faim – et parfois plus subtile quand on parle de philosophie politique. Par conséquent, simplifier la langue, c’est tout simplement simplifier la pensée. Au diable les choses complexes, au pilori les enjeux multiples, à l’encan les subtilités des équilibres compliqués, désormais on se rabat sur les choses simples.

La gauche rose-verte est ici dans son élément : on l’entend par exemple et à journée faite fustiger les polluantes compagnies d’aviation. C’est oublier que le trafic aérien mondial réchauffe cependant moins la planète que le web et internet. Mais il est évidemment plus simple de condamner les avions sur internet que de condamner internet dans les avions. Le reste, les objectifs et les projets d’une majorité de la gauche neuchâteloise sont à l’avenant : comme il n’y a en général pas de solution simple, on supprimera la recherche de solution pour ne garder que la simplicité.

Le PLR, toujours, luttera contre cet esprit de facilité. Pour nous, l’apprentissage, le travail, l’ascenseur social par le
labeur, la recherche du mieux avant celle du simple sont des valeurs cardinales. En somme, nous restons Neuchâtelois, pas Neuchatelois.

 

Fabio Bongiovanni, président du PLRN

 

 

Prochaine parution : 20 août 2021