«La crise est réelle, mais pas irréversible»

- 22:00 jusqu'à 22:00

Entre pression des prix, recul de la consommation et concurrence étrangère, la viticulture neuchâteloise n’échappe pas aux turbulences. Député PLR et vigneron-encaveur, Boris Keller livre son analyse

La viticulture traverse une période délicate. Si les cantons de Vaud, du Valais ou de Genève sont en première ligne, Neuchâtel reste relativement préservé. Mais pour Boris Keller, député PLR au Grand Conseil neuchâtelois et vigne­ron-encaveur à Vaumarcus, les signaux d’alerte sont bien là. « On parle beaucoup de crise structu­relle, mais il faut relativiser », ex­plique-t-il.

« Nous sommes avant tout confron­tés à une baisse globale de la consommation. Alors que la po­pulation augmente, la consomma­tion de vin recule. À cela s’ajoute une forme de stigmatisation liée aux questions de santé publique. » Dans ce contexte, les vins suisses restent minoritaires sur leur propre marché, avec environ 35 % de parts face aux importations.

Un secteur sous pression

Comparé aux cantons de Vaud, du Valais ou de Genève, Neuchâ­tel est moins exposé, notamment grâce à une production davantage orientée vers la mise en bouteille locale. Mais les effets indirects sont réels, notamment sur les prix du raisin et la rentabilité des ex­ploitations. « La pression écono­mique existe, et certains produc­teurs envisagent de réduire leurs surfaces. C’est préoccupant. »

Au cœur du problème, la compé­titivité. Selon Boris Keller, la res­tauration joue un rôle clé : « Au­jourd’hui, les marges pratiquées – souvent multipliées par trois ou quatre – rendent nos vins dif­ficilement accessibles. Cela favo­rise mécaniquement les produits étrangers, meilleur marché. » Il plaide pour un modèle alternatif, avec un droit de bouchon fixe, permettant de valoriser les crus locaux sans les pénaliser.

Au-delà des aspects écono­miques, c’est aussi le paysage qui est en jeu. « L’abandon de par­celles m’inquiète beaucoup. La vigne structure notre territoire et son entretien est essentiel. Mais il faut éviter des arrachages pré­cipités qui pourraient sacrifier des terroirs de qualité », avertit-il.

Membre actif de Vitiswiss – la fédération suisse pour une viti­culture durable – et engagé dans l’association régionale Viti 3 Lacs, Boris Keller défend une approche tournée vers la qualité, la durabili­té et l’ancrage local.

Pour lui, l’avenir passe aussi par une meilleure valorisation des vins suisses : « Nous devons ren­forcer le lien avec les consom­mateurs, notamment via l’accueil en cave et des partenariats plus étroits avec la restauration. » Il appelle également à un sursaut collectif : « En Suisse alémanique, consommer local est un réflexe. Chez nous, il reste du chemin à parcourir. L’exemple doit venir aussi des institutions. Il est diffi­cilement compréhensible de voir des vins étrangers servis lors d’événements officiels. »

Face aux défis actuels, Boris Kel­ler estime que la crise actuelle est une occasion de se réinventer.

/ rty